Mon cerveau-lent file dans les nuages

Par Monique Pagé

Açores, 2016

mon cerveau-lent
file
dans les nuages

C’est vrai, je vous le jure :
je marchais sur un nuage quand un volcan
a fait irruption, droit devant moi.

Écrit à la pointe des aiguilles
sur un recoin du ciel
j’ai lu le poème
l’ai relu
ne pouvant m’en détacher
j’ai emporté la cime
ce son sifflant au sommet des pins

Dans les eaux silencieuses du ciel
j’aime noyer mon regard
y pêcher
une issue

Là-haut
des sels échappés à la mer
des cendres des poussières
où de l’eau confiante
se dépose avant de fuir au loin
Ici
entre les ronds du temps
mes pas laissent leurs glyphes
de poussières qui s’effacent
quand l’eau éternelle revient de loin

Une nuée de poèmes nonchalants
libère leurs parts d’ombre et de lumière
et le reste que de l’eau
de l’eau qui fuit

rien ne se perd rien ne se crée
tout n’est que transformation disait Lavoisier
nuage ou histoire
du pareil au même
n’existent que dans la dynamique
triomphes déconfitures renaissances

L’altérité des lointains

Par Laetitia de Coninck

confusion dans la nuit qui s’ébauche
dans le contour de la chambre
ta main est chaude
les mots sont flous
les détails se perdent
et cependant le printemps est là
sur les ailes d’une espèce migratoire
ramenant les rêves au plus près de ce que nous sommes
tout est une question de lumière
je ferme les yeux pour mieux te voir

*Titre emprunté à une phrase d’Annie Lebrun dans Si rien avait une forme, ce serait cela. « L’altérité des lointains ouvre l’altérité des profondeurs ».

Lien vidéo: L’altérité des lointains

Nuages à Tampere

Par Nicolas Boldych

Au matin, longs pains sans levain
pommelant l’azur cru et humide du ciel
au-dessus du lac de Tampere.

Aimantés par le bouclier scandinave
ils semblaient à portée de main, donnant du volume au regard et
un fil à la pensée : leur lenteur pré-arctique, plus du tout européenne,
le bleu total qu’ils approfondissaient.

De ma porte au bout du monde

Par André Carpentier

Je photographie des ciels depuis de nombreuses années, à l’autre bout du monde comme devant ma porte. Il est vrai que je photographie parfois largement le sol avec un peu de ciel et parfois l’inverse. Sans doute ai-je intégré la tradition d’une esthétique qui honnit les lignes d’horizon en plein milieu de la photo. Sans trop m’en rendre compte, je dois avoir adopté la norme des tiers.

Je suis très souvent à la recherche de zones d’abstraction dans le paysage, lorsque des taches et des couleurs présentent des formes quasi abstraites rappelant certains coups de pinceau des peintres. Or, les ciels présentent souvent de telles zones quasi abstraites, génératrices de mystère. Il y a là une beauté changeante et fascinante qui affecte notre sensibilité. Parfois, le ciel fige presque le temps, d’autres fois, il le précipite vers le changement…

Voici donc six photos réparties en deux catégories…

«Bout du monde 1» : Islande, le volcan Hekla, le 24 juin 2018

«Bout du monde 2» : sous les vents d’Aotearoa, le nom Maori de la Nouvelle-Zélande, qui signifie «Le pays du long nuage blanc», 16 février 2020

«Bout du monde 3» : Martinique, baie de Fort-de-France, depuis les Trois-Îlets, le 24 janvier 2019

«Devant ma porte 1» : prise sur l’estran à marée basse, près du quai de Grondines, le 30 septembre 2016 à 17h01

«Devant ma porte 2» : prise à Cap-Santé, depuis le cap, le 24 mai 2020, à 19h46

«Devant ma porte 3» : prise à Cap-Santé, depuis notre galerie, le 11 décembre 2015, à 15h52

Nuages de Bruxelles

Par Nicolas Boldych

Bruxelles, Ixelles, Etterbeek, Jette, Saint-Gilles, Anderlecht …

Je me souviens qu’il y avait souvent au petit matin des embouteillages de nuages dans un ciel effondré. Ils formaient de longs tunnels où allaient les voitures et les tramways. Cela flottait comme le lait au-dessus de sa ténèbre de café, dans les laits russes. Ou bien fusionnaient-ils dans une indistinction laiteuse, formant un arrière-fond sans profondeur qui neutralisait formes et couleurs.

Certains nuages rencontrés au saut du lit, à hauteur de balcon, étaient si proches et familiers, qu’ils semblaient naître, comme les patates ou le charbon, des terres brabançonnes. Certains venaient peut-être de Charleroi, lâchés par les dernières usines de Marcinelle. Ils affichaient ensuite leurs ténèbres jurassiques à l’aplomb des immeubles de verre de l’Union européenne.

Certains avaient quelque chose des monstres de Brueghel, de Bosch, ou d’Ensor, ils dégoulinaient d’une prépotence sans matière, étaient aussi informes et ridicules que des mots sans orthographe, ou de gras poulets sans tête…

D’autres avaient plus de suite dans les idées, c’étaient de longs renards d’obscurité qui passaient avec discrétion dans le ciel, développant lentement leur message diplomatique.

D’autres enfin étaient de la blancheur d’autruche des panaches des Gilles, au carnaval d’Alost ou de Binche.

Mais la plupart venaient, réellement, par les chemins de l’eau et l’équilibre des pressions atmosphériques, de l’immense réservoir de la Mer du Nord, via Antwerpen ou Oostende, vols d’aigle septentrionaux surgis du maelström norvégien, écume de bière sans saveur déversée sur les plages brabançonnes, nuages reversés à jet continu sur les diaprures de prairies de Waterloo ou Tervuren, débordant bientôt, comme de catastrophiques troupeaux de mérinos sur la Wallonie des grasses vallées fluviales. Jusqu’aux Ardennes, jusqu’à Arlon, Bastogne, jusqu’aux cantons germanophones de l’est…

Islandais, norvégiens, férugiens, écossais, c’étaient les nuages du Nord, qui offusquaient répétitivement le bastion latin de Bruxelles, « plus septentrionale des grandes métropoles francophones ».

Anvers

À midi, cela s’éclaircissait un peu, c’était l’heure des rencontres sur fond d’azur augmenté (de cet azur de blason propre au ciel en Belgique), des nuages français, anglais, luxembourgeois, allemands, hollandais, en lutte polie dans le gymnase du ciel …Ils étaient le reflet ouranien des circulations motorisées, pléthoriques à Bruxelles, délirant carrefour européen où, plus haut, des avions creusaient sans arrêt, sur fond de ciel pommelé, leur tunnel de bruit jusqu’à Zaventem…

L’après-midi les nuages formaient souvent de hautes tours de Babel, bientôt percées, ruinées par les rayons du soleil, aux alentours de trois heures. Mais quand l’équilibre était respecté entre l’azur doré et les nuages, ils étaient ce qu’il y avait de plus beau, de plus ruisselant de lumière. Ils étaient comme des huîtres ouvertes où perlaient le soleil.

Des Draperies flamandes prenant feu…

Quand la troué était définitive et que l’azur prenait définitivement le dessus sur les nuages du nord, arrivait le moment idéal pour s’offrir une pause et sortir, marcher jusqu’une friterie (légendaire friterie de la place Flagey) pour déguster son cornet de frites dorées avec sa blanche et un peu dégoulinante mayonnaise.

Face à l’azur doré du ciel de Belgique.


Mais l’apogée, le meilleur, c’était encore, vers cinq-six heures du soir (au printemps ou en été) de boire à une terrasse sa bière colorée, rouge, ambrée, de la couleur des nuages à l’aurore ou au crépuscule… Infusion et profusion des teintes dans les verres et le ciel.

Le meilleur, c’était d’ingurgiter des nuages.

J’ai deux vies qui s’unissent et se dédoublent

Par Licia Soares de Souza

J’ai deux vies qui s’unissent et se dédoublent.

L’une resplendit sous le feu de l’astre roi,
le soleil qui vient réconforter,
nous envelopper dans son étreinte incandescente.
Ô douce poitrine
qui berce mon corps semi-nu,
le caressant au gré des palmes tropicales.
Cette chaude lumière est mon bien vital.
Elle couve sous le sable brûlant,
étincelle sur les tours de béton,
les nappes des parages les plus suffocants.
Elle réveille la fécondité des nuages
qui se tressent dans le ciel.
Mes ardeurs s’y multiplient, mes joies s’y agitent,
et de ce tourbillon pointe in fine une constance,
dans chaque nouvelle et vibrante journée.

L’autre vie triomphe dans une lumière sans chaleur.
Celle qui se transforme en une prodigieuse source d’énergie,
reflétant les cristaux de neige, déposés sur toutes les branches,
sous un ciel bleu témoin de toutes mes déambulations.

Je virevolte parmi mes voyelles,
et leurs couleurs me captivent.
Le français que je déploie
a surtout la couleur d’une neige abondante
souffleuse d’imaginaires
fée d’évasions!

Voyelles plus blanches
qu’hier?
Blanc couleur de glace
qui dit tout et remplace
le blanc des chaudes embrasures.
Je suis re- née d’un flocon de neige
quand une rafale
a projeté mon âme
dans un écrin de branches givrées.

Je vois mes flocons de neige
gagner un accent français de correspondances
de vécus intenses,
mon cœur chante et se désenchante
apprend à s’emballer,
quand il faut aimer
et iriser la vie
pour donner à voir
toutes ces métamorphoses.

Adieu chers flocons de neige,
je m’en vais sur les feuilles d’érable.
La sève monte !
Je me réveille
les rayons de soleil sont là, sur moi,
viennent me rejoindre au lit.
Chaleur…
Je vois sur-le-champ
les fûts
miroir de la drave dans la rue des migrants,
hardis canotiers,
« Et pique et pique et gaffe et gaffe encore! »
Elle est là, la race qui ne sait pas mourir.

Mes multiples masques arrachés,
me voilà devant vous,
comme une revenante de tant de flamboiements.

Je suis maintenant de celles
qui écrivent, joyeuses
d’heures en minutes.
Je suis de ces personnes
profondément remuées,
par les correspondances des clartés et nuages,
les mots émergent,
et les paysages tressaillent.

Je ne sais plus contempler,
ce qui existe en moi,
cette force irrésistible de la tissure.

Deux ciels d’hiver

Par Roxanne Lajoie

Sainte-Thérèse, février 2021

Je connais la recette des ciels bleus après la tempête
il suffit de retourner le monde comme un cornet de crème glacée
et de le tremper dans le blanc duveteux des nuages

Saint-Laurent de l’île d’Orléans, début mars 2021

Le vent, les marées et les paquebots sont des pinceaux trempés de froid
tantôt ils dessinent des banquises
tantôt des nuages dans le fleuve d’hiver

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