Cartagena

Par Monique Pagé

Je ne pouvais détacher mon regard de ce ciel
presque gouteux
fondu telle une meringue essoufflée
grisant.

Je me sentais au cœur d’un nid
et j’ai pensé : ici
le côté sombre de l’âme
s’éclaire.

L’histoire est voilure
qui porte le passé au présent.
Chaque futur ajoutera une couche, mais
les cloisons ne sont que de verre.
L’inquisition enfume toujours les cieux.

Sans bruit il est venu se glisser
entre moi et l’orbe carthaginois.

Insouciance aplomb ou
mise en abyme
me suis-je demandé.

Mais quel était mon dessein sinon
accueillir
toutes luminosités
qui me soudent à elles
et ce temps dilaté
d’une histoire en expansion.

Semeuse de lune

Par Andrée Levesque Sioui

Semeuse de lune
Vaporeuse voyageuse
Tu nous fais signe
De la main
De la tête
De ton corps d’eau errant
Flâneuse émouvance du souffle céleste

Tu traînes sans jamais t’attarder
Grâce qui passe qu’on ne peut attraper
Qu’en levant les yeux

Pour entendre le conte inspiré par ce nuage, rendez-vous sur le site de la Fabrique culturelle (faites défiler jusqu’à Andrée): https://www.lafabriqueculturelle.tv/dossiers/7971/generation-trad/?fbclid=IwAR2oUxe5fhL8SOkHuzNSNs9dmWmKcA0hWD_1inOlPodkHBhZzgkcJNzYT1M

L’instant d’un nuage

Par Nicolas Boldych

J’aime les nuages pour une raison au moins, mais une raison assez solide…
Les nuages aident à fixer l’instant, un pur instant que leur lenteur d’escargot prolonge indéfiniment.
Je regarde les prairies sans neige, les longues rangées de platanes sans feuilles, et même les voitures qui passent et qui ne sont jamais les mêmes, mais cela ne m’aide pas à percevoir l’instant, ce n’est pas ainsi que j’en aurais réellement l’intuition.
L’intuition de l’instant, je l’ai seulement quand je découvre, à travers eux et leur filandre effilochée d’escargot de cristal, l’état du ciel. Tout à coup.
Là-haut c’est un autre paysage, à un autre niveau, comme il peut y en avoir à l’intérieur de certaines pierres, les agates par exemple, un paysage abstrait qui se défait en se faisant,
qui se fait en se défaisant.
Les nuages, ce sont des formes sans substance, et qui pourtant me semblent parfois plus réelles (dans le sens d’une éloquence réelle et de l’efficacité de l’expression) que les formes organiques de la terre.
(On dirait de l’ouate où nos pensées les plus intimes trouveraient enfin se reposer, dans une forme ne prêtant pas à conséquence, libres)
Ils déroulent simplement l’instant.
D’une certaine manière, ils sont proches des montagnes. Comme elles ils sont essentiellement minéraux et abstraits. Leur forme n’exprime pas un organe, une fonction.
Parfois, dans les Ecrins, ou le massif du Dévoluy (comme ici sur les ces photos de Lus-la-Croix-haute, en Drôme), les nuages rentrent dans la montagne, montagne et nuages mêlent les abstractions de leurs formes et ensuite on ne sait plus si c’est la montagne qui sort du nuage ou le nuage qui sort de la montagne.
C’est un étrange accouplement de l’instant et de l’éternité dans une même image nébuleuse, de cristal, gneiss et calcaire, de lumière et d’ombre, de proche et le lointain…


Jarjatte

À bon port

Par Marie-Andrée Arsenault

Lumière de fin du monde

Ma route avoisine
celle des terres lunaires

Phares éteints

Les falaises volent en poussière
soufflent sur la neige
un chemin de poivre rose

l’empreinte de mes pas

Crépuscule du soir

Par Jean Claude Castelain

Île Maurice (novembre 2013)

Le disque solaire a plongé derrière l’horizon.
Il a été boire l’eau, dit le vieux pêcheur créole.
Les oiseaux font leur prière du soir.
Le serein ne tardera pas à tomber.
De lourds nuages avancent,
Libérant leurs rideaux de pluie en haute mer.
Le village côtier d’Albion s’illumine
Et l’étoile du berger s’installera au firmament,
Balises dans la nuit insulaire.
Crapauds, grillons et margouillats entament
Déjà leurs symphonies nocturnes.

Les petits nuages

Par Johanne Bilodeau

La dentelle noire de la cime des grands arbres se découpe sur un ciel bleu de Prusse. Le soleil réfugié en coulisse lèche un timide croissant de lune jaune de cadmium. Impuissant, le satellite assiste à l’avancée d’une large bande nuageuse. D’un gris chargé et opaque, la formation se fait annonciatrice d’une nuit d’hiver sans étoile.


Dans le parc, la lumière blanche produite par le lampadaire dévoile les recoins gardés des branches basses de mon conifère. Entre les étages éclairés et décorés de cristaux de neige, mon alcôve mystérieuse et féérique s’ouvre à ton regard d’enfant.


Chaussé de tes patins, tu glisses sans bruit sur la surface gelée et craquelée de l’anneau de glace. Gracieux, tes bras dessinent dans l’espace des cercles fluides tandis que tes mains gantées caressent tout doucement l’air si froid. La patinoire luminescente baigne ton corps que je devine chaud. Je voudrais que cet instant de ravissement dure toujours.


Puis, l’obscurité du couvre-feu s’abat sur le parc. Je laisse mes yeux s’habituer peu à peu à cette nuit sans lune. De la glace dense et noire s’élèvent de frêles formes organiques blanchâtres, comme éclairées de l’intérieur. Mouvantes, elles se déplacent vers moi en bonds courts et lents. C’est la tête enfouie dans leur parfum suave que je m’abandonne à ce qui subsiste de tes fleurs pulmonaires. Les petits nuages de toi.

Vertige au milieu des nuages

Par Rachel Bouvet

Les yeux au ciel
rivés
perdus
tant de nuances
blanc vif
blanc cassé
blanc filé
textiles lumineux

Vertige au seuil
d’un univers
de matière évanescente
mouvante et illisible

Prendre une marche
de la hauteur
buter sur les formes

Teintes de gris
du clair
au foncé
présages déjoués
neige en chemin

Clichés énigmatiques
en attente de traduction
les mots me manquent
pour dire

Les effilés
drapés dans le ciel
en de nonchalants étirements

Les sombres
troués de bleu
qui menacent encore

Les voilés
de bord en bord
sous un halo de lumière

cirrus
cirrocumulus
altocumulus
nimbostratus

j’y perds mon latin
seuls subsistent
les éblouissements

Chambly, sous l’orage

Par Jean Claude Castelain

Le temps semble arrêté car tout s’obscurcit soudainement, l’air est lourd. D’impressionnants éclairs silencieux déchirent le ciel. L’orage tonne immédiatement avec fracas dans la vallée du Richelieu. Les mouettes rieuses se sont tues et mises à l’abri. De menaçants cumulus et un sombre mur de pluie présentent un extraordinaire spectacle de son et lumière sur le bassin de Chambly.

Jean Claude Castelain
Chambly (août 2020)

Une lumière au bout du champ

Par Monique Pagé

Chemin de Fitch Bay, Canton de Stanstead, janvier 2021

le soleil roulé
sur 6 kilomètres
de nuages
et ma hâte de gravir
la colline du porc-épic

Mont-Saint-Hilaire, matin ouvert de février 2019

ne subsiste qu’un soupçon de nuages sur l’azur bleu
quand le ciel laisse tomber
son eau et ses poussières
l’hiver
sur ses branches
recueille la lumière

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