Quand les bâtiments rêvent

Par Peter Schulman

L’été passé, je me souviens vaguement de mes allers-retours banals et quotidiens entre mon appartement et mon université. Il faisait toujours très chaud et comme nous étions en pleine pandémie, il n’y avait jamais de monde sur le campus. Pas un bruit, pas un chat (une fois j’ai tout de même vu un écureuil excité et même un opossum). Les couloirs allant à mon bureau étaient sombres, vides, lugubres et excessivement climatisés. Un soir cependant, lorsque je m’apprêtais à quitter la fac à pied, j’ai remarqué ce bâtiment, normalement rempli d’étudiants et de profs, qui tout tranquillement… rêvait…

Manifeste de la Cloud Appreciation Society

Cité par Danielle Laplante

Cet organisme a été fondé par Gavin Pretor-Pinney en 2005 et ses membres sont issus de quelque 120 pays: https://cloudappreciationsociety.org/

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Nous pensons que les nuages sont injustement dénigrés et que la vie serait incomparablement
plus pauvre s’ils n’existaient pas.

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Nous croyons que les nuages sont des poèmes de la Nature, les plus équitables parmi ses
bienfaits car chacun peut les observer à loisir.

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Nous nous engageons à combattre sans relâche le diktat du «ciel bleu» chaque fois
que nous le rencontrerons, car la vie serait d’un ennui sans nom si nous étions condamnés
à la monotonie d’un éternel ciel sans nuage.

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Nous nous efforçons de rappeler aux gens que les nuages expriment les humeurs de
l’atmosphère et qu’à ce titre, comme les expressions humaines, ils sont sujets à interprétation.

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Nous pensons que les nuages parlent aux rêveurs et que l’âme s’enrichit à les contempler.
En vérité, ceux qui s’abandonnent aux évocations suscitées par leurs formes feront l’économie
d’une psychanalyse.

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Et nous déclarons à qui veut l’entendre :

Lève les yeux, émerveille- toi de l’éphémère beauté ,
et vis ta vie la tête dans les nuages.

Pretor-Pinney Gavin, Le guide du chasseur de nuages, Paris, éditions JC Lattès, 2007.

Je marcherai

Par Claudette Lemay

Juillet 2020, Parc côtier Kiskotuk, Cacouna

J’ai voyagé jusqu’ici
loin de la canicule
et de la pandémie (ou presque)

Je prends l’air
l’eau
l’horizon
la lumière

Je marcherai
jusqu’à ce nuage
effiloché

Nuit de janvier

Par Simon Tremblay

Parc national de Big Bend, Texas

Nuit, tu étais tellement belle
des rapides dégoulinants d’étoiles sur tes épaules

Ta robe de ciel noir qui pellette ses nuages
dans le sac-à-dos des territoires imaginaires

Les saules creusaient des rivières de larmes
à en concrétiser des promesses

La pagaie déposée sur ton corsage
j’ai balbutié dans le creux de tes portages
des chuchotements de flocons éparpillés

Un cri bouillonnant de lumière :
c’est la tempête qui écartèle
mes quatre points cardinaux

Je les abandonne à tes nuages
ma girouette amoureuse du vent
comme seule boussole entre moi et mon périple promis

Simon Tremblay
Saguenay, 30 janvier 2020

Dans la forêt de mon père

Par Roxanne Lajoie

Stukely-Sud, janvier 2021

il ne fallait pas accepter
aller marcher
chaussée de raquettes
dans la forêt de mon père

il ne fallait pas enjamber
les kilomètres interdits
la pile des mois de confinement
pour entendre son rire
fendre l’air piquant de janvier

il a suffi pourtant
de me planter
sous ses épinettes enneigées
pour que mon regard faucille
dans le ciel lourd
ouvre une brèche

Elle nuage

par Isabelle Roussel-Gillet

Elle nuage

                     dans le ressac du jour

se retire à l’extrême                    sans prendre la lumière

en douceur             confondue           entre ciel et vers

lèche la vase à la cognée des eaux.

Courant suspendu dans la patience

sans un souffle

            et pourtant, juste là

au creux de l’oreille

la vibration de l’estran

Baie de Somme – Le Hourdel

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